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  <title>Presse en colère - Humeur</title>
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  <description>L'idée de lancer ce blog en colère est venue, fin avril 2008, du quotidien Le Monde - auquel la nouvelle direction se propose d'infliger, avec une brutalité inédite, une purge aussi sévère qu'inique : cent vingt-neuf suppressions de postes toutes catégories sont annoncées. A la rédaction, un(e) journaliste sur quatre est promis(e) au chômage et dans les autres services, des métiers sont balayés. Quant aux entités et titres du groupe, jugées déficitaires, il est tout bonnement prévu de les jeter à la rue - pardon ! d'en organiser la cession - sans autre forme de procès.

Chape de blues à tous les étages. Bouffées de colère aussi. Ni les assemblées générales, ni les grèves, ni les discussions de couloir ne suffisent à nos envies d'orage. Alors blogons ! Résistons ! Secrétaires et journalistes, coursiers, informaticiens, documentalistes et éditeurs, gens de plume ou gens d'image, ce blog est à nous !

Le Monde n'est pas (seulement) une « boîte », vouée à la casse sociale. C'est un vieux et beau journal, un morceau de patrimoine, un outil de la vie démocratique, le seul qui a pu jusqu'à présent conserver son indépendance, jusqu'à quand ?...

A chacun de le défendre. Soyons drôles - et méchants -, si le coeur nous en dit. Signons de notre nom ou restons anonymes : à chacun de décider. Seuls comportements proscrits : l'injure ad hominem et la diffamation. et nous y veillerons.
 
Espace d'expression, ce blog souhaite être aussi un lieu d'échange et de mémoire. Echange avec les lecteurs, que nos séismes internes ont laissés en rade : ce blog est aussi pour vous ! Pour vous informer de ce qui se passe, mais aussi pour recueillir votre opinion et recevoir, qui sait ? vos encouragements, vos voeux, l'expression d'une solidarité. Echange encore avec les « anciens » du Monde, qui en ont la mémoire - ou, du moins, une partie - et dont les avis peuvent être d'une aide précieuse : ce blog est aussi pour vous ! Enfin, et peut-être surtout, ce blog se veut un lien avec tous les autres salariés de la presse écrite, eux aussi menacés. Eux aussi en colère ?

Et ailleurs,
Cette crise ne touche pas que Le Monde, toute la presse écrite est menacée, des plans de licenciements ont lieu - ou ont eu lieu - aux Echos, au Figaro, à Libération. A qui le tour ? Ce ne sont pas seulement des journalistes ou des métiers de la presse qui vont passer à la moulinette, c'est aussi le droit citoyen à l'information. On va demander aux journalistes qui resteront dans tous ces titres d'être disponibles sur tous les fronts et d'obéir au doigt et à l'oeil à leurs dirigeants, sous peine d'être jetés à leur tour. Les articles seront bientôt réécrits et modifiés sans que les auteurs en soient informés ...

La liberté de la presse est en danger.

A tous, bienvenue.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 01 Oct 2008 09:50:46 +0200</pubDate>
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    <title>Bras cassés, bras dorés</title>
    <link>http://www.presseencolere.org/post/2008/05/13/Bras-casses-bras-dores</link>
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    <pubDate>Tue, 13 May 2008 19:38:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Presse en colère</dc:creator>
        <category>Humeur</category>
        <category>Le Monde</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C’est comme les rosiers fous à l’orée du printemps : il faut couper les
branches. Les mortes et les en-surnombre. Celles qui menacent la vie de
l’arbrisseau. C’est dur à dire, c’est dur à faire, mais sans un bon coup de
sécateur (regardez chez France-Telecom : c’est pas du bon boulot bien net
?..), la Gardère, pardon la Bérézina, la mort quoi, est assurée ! C’est la
loi de la nature, sélection naturelle et tout le saint-frusquin. Le b-a ba du
capitalisme expliqué aux enfants. Nous y sommes en plein, dans le capitalisme.
Non ? Nous y sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une autre époque, dans un autre siècle, ça s’appelait les &lt;em&gt;« unter
Menschen »,&lt;/em&gt; les &lt;em&gt;« sous-humains »&lt;/em&gt;. Question de nature ou
question de degré ? Question de nature ! s’écrient en chœur les
modernes missionnaires, qui arpentent les couloirs du &lt;em&gt;Monde&lt;/em&gt;. On les
reconnaît à leur mine ennuyée. A leur mine d’au-dessus du panier. A leur mine
de bras dorés. Ou qui s’imaginent tels. Ils sont plus nombreux qu’on ne pense,
les bras dorés, les intouchables – et pas seulement au Monde-SA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi aussi, au printemps, je taille mes rosiers. Il le faut, il le faut même
impérieusement si l’on veut que la pousse soit belle. Seulement, les branches
que je coupe, il n’y en a qu’une ou deux. Pas cent-vingt-neuf ! Pas
quatre-vingt !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre si beau &lt;em&gt;Monde&lt;/em&gt;, il y en a eu, des bras cassés.
Souvenez-vous. Celui-ci, à qui on faisait chapeau bas, il y a seulement
quelques années, si talentueux n’est-ce pas, respecté, adulé par &lt;em&gt;Le
Monde&lt;/em&gt; d’en haut et par &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; d’en bas, qu’est-il donc
devenu ? Il est la trace du temps qui passe. Alors, de grâce : si tel
ou telle doit s’en aller, laisser la place, pas la peine d’en rajouter et de
l’accabler de gros mots. Demain, ce sera notre tour. Souvenez-vous. De tous ces
autres, étoiles filantes ! évanouis, oubliés, sitôt la porte du
&lt;em&gt;Monde&lt;/em&gt; franchie. Oubliés un peu, beaucoup… C’est normal, c’est la vie.
Moi aussi, j’oublie et je taille mes rosiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; n’est pas une plante de jardin, ni
France-Telecom. Laissons à nos nouveaux patrons, puisqu’ils ont fait le choix
de l’être, le soin de tenir eux-mêmes le sécateur. Bras dorés, bras cassés,
c’est parfois juste une question de timing. Pour le reste, vive la négociation
et vive la bagarre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Catherine Simon&lt;/em&gt;, journaliste, service des reporters&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : merci à Raphaëlle Bacqué et à Michel Delberghe, qui m’ont aidé à
réfléchir.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L’histoire de l’Amiral</title>
    <link>http://www.presseencolere.org/post/2008/05/12/Lhistoire-de-lAmiral</link>
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    <pubDate>Mon, 12 May 2008 14:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Presse en colère</dc:creator>
        <category>Humeur</category>
        <category>Amiral</category><category>Evénement du Jeudi</category><category>Greenpeace</category><category>Presse</category><category>Rainbow Warrior</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Nous, on l’appelait l’Amiral. Dans le journal, (L’Evénement du Jeudi, ndlr),
il signait de son nom, Bernard Veillet-Lavallée. Mais non, avec sa casquette
bleue de marin du Guilvinec, ses cigarettes brunes, ses coups de tabac et sa
voix rocailleuse, ce ne pouvait qu’être l’Amiral. Tout le monde le désignait
par ce surnom affectueux. Nous étions des godelureaux de trente ans. Lui en
avait beaucoup plus au compteur. C’était un journaliste comme on en fait plus.
Mauvais caractère et main sur le cœur. La gouaille des poulbots qui ne sont
plus dupes. Il avait traversé France Soir et le Matin avec l’élégance d’un
albatros en plein vol. Les mers agitées, il connaissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, l’Amiral avait sorti sans en faire des tonnes l’histoire du Rainbow
Warrior. Il était le premier à révéler que les services secrets français
avaient coulé le bateau de Greenpeace. L’affaire a eu le rebondissement que
l’on sait. L’Amiral n’a jamais cherché à en tirer la moindre gloriole. Il est
passé à autre chose. A un fait-divers de plus, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voilà, il y a eu l’été 1990. Le journal était une incroyable
réussite. Mais il ne fallait pas s’endormir sur ses lauriers. Pour remotiver
les troupes, JFK (Jean-François Kahn) a convoqué tout le monde à un week-end de
réflexion au domaine des Bézards, un endroit improbable au sud de Paris, avec
salles de séminaire, bungalows, piscine, tennis, restaurants. Cela démarra
comme une vaste fête avec frasques diverses et variées s’achevant, au petit
matin, par une bagarre rangée avec les invités d’un mariage voisin, qui
n’avaient pas voulu partager le champagne. Le lendemain matin, une partie de la
rédaction en chef tenta une sorte de putsch, qui, vu l’état comateux de
l’équipe, aboutit à un pschitt absolu. Au repas qui suivit, l’Amiral maugréait
dans sa barbe. Ca n’allait pas fort. Il faisait soleil. Les filles étaient en
beauté. Le vin pétillait. Il en fallait plus pour gâcher la journée. Alors, il
partit… Deux jours plus tard, on a découvert son corps le long d’une voie de
chemin de fer. L’Amiral avait décidé de tirer sa révérence. Sans rien dire. En
colère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n’avons jamais compris ce qui s’était passé. Trop de tumulte, trop
d’agitation, sans doute. Une vie consacrée au journalisme aux dépens de sa
famille, de ses enfants, de ce fils handicapé qu’il protégeait sans jamais le
dire. Jamais je n’ai vu un journal pleurer autant un des siens. Ce fut
terrible. Et puis, le show must go on. Alors, on reprit le chemin des claviers.
Mais quelque chose s’était brisé. Quelques années plus tard, il y eut un dépôt
de bilan, un premier plan social, puis un second. Rue Christine, il n’y avait
plus de fête après le bouclage depuis bien longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque fois que je vois des nuages s’amonceler à l’horizon d’un journal,
je pense à l’Amiral. Il râlait. Il tempêtait. Il vitupérait. Parfois, il
titubait un peu trop. Peu importe. Mais c’était un journaliste en colère, qui
aimait les journaux au-delà de tout et surtout ceux qui les font. Que dirait-il
aujourd’hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi vous parler de l’Amiral aujourd’hui et dans un contexte aussi
éloigné ? Parce que la richesse de la presse ne repose que sur la
collection de ces individualités qui, jour après jour, semaine après semaine,
l’invente avec leurs humeurs, leurs sexes, leurs amours, leurs emportements,
leurs passions… L’oublier, c’est comme une seconde mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yann Plougastel&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Jours de grève</title>
    <link>http://www.presseencolere.org/post/2008/05/08/Jours-de-greve</link>
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    <pubDate>Fri, 09 May 2008 23:20:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Presse en colère</dc:creator>
        <category>Humeur</category>
        <category>Grève</category><category>Le Monde</category>    
    <description>    &lt;p&gt;C’est bizarre les jours de grève. D’abord, il y a plein de rédacteurs qui
bossent. Ceux des suppléments (Monde des livres, par exemple) ou Monde 2, mais
aussi ceux du quotidien. Parce qu’avec nos horaires, c’est compliqué. On boucle
le journal du jour (daté du lendemain) à 10 H 30 et on enchaine sur le suivant.
Donc, c’est la veille, l’après-midi qu’il aurait fallu cesser de travailler
mais trop tard ! Et puis, on a toujours des fers au feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai déjà dit qu’on n’avait pas l’habitude. Certains croyaient qu’il fallait
un préavis, mais nous ne sommes pas un service public : il suffit de
déposer la motion à la direction. Comme nous sommes des grévistes novices,
certes, mais aussi honnêtes et consciencieux, on ne savait pas non plus comment
se déclarer gréviste. La DRH nous a fourni la solution, on aurait dû s’en
douter (par mail ) puisque ça se retrouve sur le bulletin de salaire. En
revanche, si on débraye trois heures, on est payés. C’est un métier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire de tout ça, c’est qu’il n’y a pas de journal. Et un jour sans
journal, c’est dur. Si nous en sommes tous un rouage, nous en sommes aussi les
premiers lecteurs et les premiers critiques. On lit, on commente, on râle, on
se réjouit, ça dépend des jours et des papiers. Déjà quand il arrive en retard,
on s’inquiète : « Y a pas le journal ? ». Alors, pas de journal
du tout, c’est vraiment bizarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitant d'un jour de grève, je lis les quelque 380 commentaires (au
vendredi 9 mai) des lecteurs du &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/04/13/pourquoi-le-monde-ne-parait-pas-lundi_1034096_3236.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Monde.fr&lt;/a&gt; sur l'article relatant toute la crise dans le groupe
depuis le 4 avril. On peut les classer en trois catégories:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) bien fait pour vous, 2) c'est moche mais tout le monde a ses problèmes,
3) continuez à vous battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis assez d'accord avec tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1)&lt;/strong&gt; on a collectivement failli, on n'a pas su s'adapter, on
commet plus d'erreurs factuelles, voire de français...quelques éléments de
réponse: il y a moins de correcteurs, moins de journalistes, moins de personnel
(734 en 2003 à la Société éditrice du monde, la SEM, seule touchée aujourd'hui
par les licenciements, 584 en 2007), moins de temps (le journal sort plus tôt,
13 heures à Paris au lieu de 17 heures il y a quelques années).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2)&lt;/strong&gt; La conjoncture: le chômage baisse, les licenciements
continuent. La presse quotidienne nationale va mal, moins de pub, moins de
lecteurs (qui ont eux aussi moins de temps), plus de coûts. La diffusion totale
payée du Monde en 2003 était de 345 231 exemplaires par jour, 316 851 en 2007
(en baisse de 8,2%). La pub a chuté de 11,3%. Les résultats financiers ont
baissé de 4,6%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.presseencolere.org/public/photos/Copie_de_facade_lemonde.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.presseencolere.org/public/photos/.Copie_de_facade_lemonde_m.jpg&quot; alt=&quot;La façade du Monde, situé au 80 boulevard Auguste Blanqui, Paris 13e.&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut compter aussi les erreurs de gestion avec au premier chef un
loyer invraisemblable (passé de 4,3 millions en 2003 à 8,7 millions en 2007,
soit une hausse de 102,3%) dans un immeuble pharaonique. Ce loyer est supérieur
de 50% aux prix du marché, donc impossible de trouver un remplaçant. Et un bail
de douze ans nous mène jusqu'en 2016. Rappelons que la direction actuelle veut
aboutir à une diminution de la masse salariale de 9,4 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3)&lt;/strong&gt; à ceux là, merci. Merci à ceux qui sont prêts à payer
plus cher, merci à ceux qui s'approprient leur journal, notre journal, merci à
ceux qui nous défendent (vigoureusement) contre d'autres plus acides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci, on va faire de notre mieux pour leur donner raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Martine Silber&lt;/em&gt;, rédactrice culture&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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