Bras cassés, bras dorés
Par Presse en colère le mardi 13 mai 2008, 19:38 - Humeur - Lien permanent
C’est comme les rosiers fous à l’orée du printemps : il faut couper les branches. Les mortes et les en-surnombre. Celles qui menacent la vie de l’arbrisseau. C’est dur à dire, c’est dur à faire, mais sans un bon coup de sécateur (regardez chez France-Telecom : c’est pas du bon boulot bien net ?..), la Gardère, pardon la Bérézina, la mort quoi, est assurée ! C’est la loi de la nature, sélection naturelle et tout le saint-frusquin. Le b-a ba du capitalisme expliqué aux enfants. Nous y sommes en plein, dans le capitalisme. Non ? Nous y sommes.
A une autre époque, dans un autre siècle, ça s’appelait les « unter Menschen », les « sous-humains ». Question de nature ou question de degré ? Question de nature ! s’écrient en chœur les modernes missionnaires, qui arpentent les couloirs du Monde. On les reconnaît à leur mine ennuyée. A leur mine d’au-dessus du panier. A leur mine de bras dorés. Ou qui s’imaginent tels. Ils sont plus nombreux qu’on ne pense, les bras dorés, les intouchables – et pas seulement au Monde-SA.
Moi aussi, au printemps, je taille mes rosiers. Il le faut, il le faut même impérieusement si l’on veut que la pousse soit belle. Seulement, les branches que je coupe, il n’y en a qu’une ou deux. Pas cent-vingt-neuf ! Pas quatre-vingt !
Dans notre si beau Monde, il y en a eu, des bras cassés. Souvenez-vous. Celui-ci, à qui on faisait chapeau bas, il y a seulement quelques années, si talentueux n’est-ce pas, respecté, adulé par Le Monde d’en haut et par Le Monde d’en bas, qu’est-il donc devenu ? Il est la trace du temps qui passe. Alors, de grâce : si tel ou telle doit s’en aller, laisser la place, pas la peine d’en rajouter et de l’accabler de gros mots. Demain, ce sera notre tour. Souvenez-vous. De tous ces autres, étoiles filantes ! évanouis, oubliés, sitôt la porte du Monde franchie. Oubliés un peu, beaucoup… C’est normal, c’est la vie. Moi aussi, j’oublie et je taille mes rosiers.
Simplement, Le Monde n’est pas une plante de jardin, ni France-Telecom. Laissons à nos nouveaux patrons, puisqu’ils ont fait le choix de l’être, le soin de tenir eux-mêmes le sécateur. Bras dorés, bras cassés, c’est parfois juste une question de timing. Pour le reste, vive la négociation et vive la bagarre !
Catherine Simon, journaliste, service des reporters
PS : merci à Raphaëlle Bacqué et à Michel Delberghe, qui m’ont aidé à réfléchir.
Commentaires
chère catherine,
Seuls. les gourmands sont à couper sur un rosier. Excroissances inopinées d'une nature en rut ! Mai 68, pas de quotidiens nationaux majeurs à gauche. L'Huma c'est sûr, Libération n'est plus et libé pas encore peut-être Combat. La droite droite a encore deux titres Aurore et Figaro. et puis, du soir, France Soir (9 éditions) et Le Monde, deux univers. Et puis Mai, plus de papier. Les manques alors viennent de Sirius et de la Reynière ; du Monde des Livres et du cahier Cinéma, de ces 48 pages arides sans fioritures. En quelques jours il n'y a plus rien, peut-être tout. On s'y fait l : la rue Gay-Lussac gagne sa bataille contre celle des Italiens. Perversion suprême, on ne lit plus que les tracts. Production stakhanoviste du mono folio. Et puis juin, tout revient. Mais ce goût de retour œsophagien sonne le glaire de la presse, malgré les talents. Les parpaillots s'allient aux asomptionnistes, les fachos à Hersant et tout coule. Quelques sursauts, Le Matin, Libé vite jugulés.
Je lisais 2 quotidiens: le matin Combat ou L'Huma puis Le Matin et le soir Le Monde et je les lisais ! Aujourd'hui Libé dure le temps de mon café et le Monde, l'espace d'un souvenir.
Tout est à refaire. On a le temps, n'en abusez pas.
Je vous exprime ici toute ma solidarité, ce qui se matérialise, chez un blogueur, en plaçant un lien de mon blog vers le vôtre...
En espérant que d'autres blogueurs fassent de même... C'est ainsi que fonctionnent les blogs... C'est la seule aide qu'ils peuvent vous apporter. Elle peut se révéler, parfois, d'une force insoupçonnée...
narvic
Je pense et mes collègues blogueurs politiques aussi, qu'il est temps pour vous de vous fédérer, vous associer et créer un média alternatif en ligne.
Le Monde ne me plaît plus, la version en ligne me suffit, je surfe en permanence sur les blogs, les forums, les articles culture, musique, société, la version papier ne vaut plus rien, à part ressembler au Point (une page du pub, un article une page de pub) ces médias deviennent des pompes à fric et exit l'info.
Beaucoup de vos confrères ouvrent anonymement des blogs pour s'exprimer et je trouve l'initiative intéressante. Il est peut être temps pour vous, professionnels, de basculer vers le net et créer votre point d'attache.En concurrence à la version papier, vous gagneriez plus en crédibilité, fédérez vous sur le net ! Bonne continuation !
une rectification à tout ce que j'ai lu, y compris sur ce site: ce ne
sera pas le premier départ contraint de journalistes: au milieu des
années 1980, plusieurs confrères avaient déjà été contraints, à la suite
de pressions à partir; certains même
à la suite d'une baisse drastique de leur salaire
Patrice de Beer
ancien journaliste du Monde