C’est comme les rosiers fous à l’orée du printemps : il faut couper les branches. Les mortes et les en-surnombre. Celles qui menacent la vie de l’arbrisseau. C’est dur à dire, c’est dur à faire, mais sans un bon coup de sécateur (regardez chez France-Telecom : c’est pas du bon boulot bien net ?..), la Gardère, pardon la Bérézina, la mort quoi, est assurée ! C’est la loi de la nature, sélection naturelle et tout le saint-frusquin. Le b-a ba du capitalisme expliqué aux enfants. Nous y sommes en plein, dans le capitalisme. Non ? Nous y sommes.

A une autre époque, dans un autre siècle, ça s’appelait les « unter Menschen », les « sous-humains ». Question de nature ou question de degré ? Question de nature ! s’écrient en chœur les modernes missionnaires, qui arpentent les couloirs du Monde. On les reconnaît à leur mine ennuyée. A leur mine d’au-dessus du panier. A leur mine de bras dorés. Ou qui s’imaginent tels. Ils sont plus nombreux qu’on ne pense, les bras dorés, les intouchables – et pas seulement au Monde-SA.

Moi aussi, au printemps, je taille mes rosiers. Il le faut, il le faut même impérieusement si l’on veut que la pousse soit belle. Seulement, les branches que je coupe, il n’y en a qu’une ou deux. Pas cent-vingt-neuf ! Pas quatre-vingt !

Dans notre si beau Monde, il y en a eu, des bras cassés. Souvenez-vous. Celui-ci, à qui on faisait chapeau bas, il y a seulement quelques années, si talentueux n’est-ce pas, respecté, adulé par Le Monde d’en haut et par Le Monde d’en bas, qu’est-il donc devenu ? Il est la trace du temps qui passe. Alors, de grâce : si tel ou telle doit s’en aller, laisser la place, pas la peine d’en rajouter et de l’accabler de gros mots. Demain, ce sera notre tour. Souvenez-vous. De tous ces autres, étoiles filantes ! évanouis, oubliés, sitôt la porte du Monde franchie. Oubliés un peu, beaucoup… C’est normal, c’est la vie. Moi aussi, j’oublie et je taille mes rosiers.

Simplement, Le Monde n’est pas une plante de jardin, ni France-Telecom. Laissons à nos nouveaux patrons, puisqu’ils ont fait le choix de l’être, le soin de tenir eux-mêmes le sécateur. Bras dorés, bras cassés, c’est parfois juste une question de timing. Pour le reste, vive la négociation et vive la bagarre !

Catherine Simon, journaliste, service des reporters

PS : merci à Raphaëlle Bacqué et à Michel Delberghe, qui m’ont aidé à réfléchir.