Je viens de visiter le blog presseencolere.org. Au delà de la colère suscitée par la situation dans laquelle se trouvent plongés les personnels du Monde et des autres publications du groupe, l'inquiétude qui s'y exprime s'avère communicative. Certaines tentatives de sauvetage font davantage redouter le naufrage.

Le problème n'est pas de gloser sur les ambitions et les écarts de la précédente direction de Jean-Marie Colombani, ni de mettre en doute la sincérité des intentions de la nouvelle équipe animée par Eric Fottorino, mais de s'interroger sur la pertinence d'une solution qui prétend faire l'économie d'une part aussi substantielle des forces vives du journal. L'histoire récente des grandes entreprises de communication, tout particulièrement en France, finira par se résumer à l'alternance de deux types de plans: quand ils ne peuvent plus soutenir une croissance externe à coup de prêts bancaires, de rachats de titres, de campagnes publicitaires et d'investissements hasardeux, les gestionnaires passent directement à la cure d'austérité, à coups de cessions d'actifs, de réductions d'effectifs et de restrictions dans la production éditoriale, ce qui se traduit dans le cas présent par une charrette de licenciements et une diminution de la pagination.

Vos lecteurs vous savent gré de vous battre, non seulement pour vos emplois, mais aussi pour l'espace réservé à l'information, à la réflexion et à la critique, dans le domaine culturel comme dans les autres champs de la vie publique.

Merci de défendre la haute idée de la presse dont votre quotidien reste malgré tout le vecteur.

Bon courage,

Cordialement, Emmanuel Wallon Professeur à l'Université Paris X-Nanterre