Presse en colère

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lundi 19 mai 2008

Nouvelles du front

Il aura fallu trois jours de grève, deux arrêts de travail et des heures de discussion pour qu’un accord soit signé entre l’intersyndicale du Monde et la direction. Cet accord, approuvé le 14 mai en assemblée générale, ressemble furieusement au protocole proposé par le CE et les experts il y a trois semaines(cf les épisodes précédents). Il permettra un allongement (d’une semaine) de la période d’adhésion au plan de départs volontaires, du 5 au 30 juin, et de meilleures conditions que celles qui étaient prévues. Une antenne d’information sera mise en place ( les cabinets de reclassement sont auditionnés actuellement par les syndicats).

Editorial d'Eric Fottorino 19/04La direction et les syndicats feront alors « un bilan d’étape » pour évaluer « les économies réalisées par ces départs au regard de l’objectif de réduction de la masse salariale. » Dans un deuxième temps, qui s’étalera jusqu’au 30 septembre 2008 au plus tard, seront examinées « les possibilités de reclassement », « la réorganisation des services » et « les économies salariales alternatives. »

Cela évitera, par exemple, aux journalistes sportifs qui préparent l’Euro 2008 puis les J.O. de Pékin d’apprendre _ comme cela avait été prévu _ leur licenciement au début du mois de juillet. Cela vaut également pour les journalistes culture qui passent leur été de festival en festival, le texte indiquant qu’il n’y aura aucun départ contraint en juillet et en août.

En revanche, les départs dits complémentaires interviendront au plus tard le 30 septembre 2008.

Les discussions se poursuivent, les syndicats vont avancer des contre-propositions sur les conditions de départ , l’accompagnement social et les aides diverses qui seront proposées aux salariés qui quitteront le journal volontairement. Ils vont également discuter du cas des pigistes dont certains travaillent pour Le Monde depuis vingt ou trente ans et qui doivent être éligibles au plan de départ volontaire.

lundi 12 mai 2008

La crise en images

Grâce au photographe Marc Chaumeil, présent lors de nombreuses assemblées, manifestations ou réunions, la crise restera en images, que vous pouvez consulter ici :

http://picasaweb.google.com/presseencolere

Participation des salariés du Groupe Le Monde au défilé du 1er Mai.

mercredi 7 mai 2008

La situation au Monde à la veille d'un CE décisif ?

Que Le Monde soit touché par un plan de sauvegarde de l’emploi n’a rien d’étonnant, en tous cas pour ses salariés. On l’attendait depuis des mois. La situation est difficile et nous le savons (page Focus à paraître dans le daté 9/5). Mais lorsque le plan de redressement est annoncé au Conseil de surveillance le 4 avril, un vendredi soir, comme par hasard, on est sidérés. Les membres du Comité d’entreprise sont décomposés, certains ont les larmes aux yeux. « C’est bien pire que tout ce que l’on pouvait imaginer », cette phrase va revenir malheureusement au fil des jours. Des départs , il y en a déjà eu et beaucoup. Le précédent plan date de 2004. Mais le chiffre est impressionnant : 130 sur 564, dont 2/3 de journalistes et ¼ d’ administratifs. (qui deviendront 129 après le départ d’une journaliste). La méthode aussi : il n’y a encore jamais eu au Monde de départs contraints. En outre, la cession d’une partie des magazines provoque un profond malaise.

Façade du Monde boulevard Blanqui le premier jour de grève (14/04/08)

La première Assemblée Générale, le mardi 8 avril, (http://www.lesechos.fr/info/comm/300255818.htm) rassemble beaucoup de monde. On sait que certains services comme les sports, rendez vous ou la culture vont être littéralement décimés. Non seulement en nombre de journalistes (jusqu’à la moitié des effectifs) mais en nombre de pages. Mais toutes les rubriques du journal sont concernées. En outre, l’informatique, le standard, la documentation, les services commerciaux sont touchés, tous indispensables pour faire un journal. La direction souhaite 1000 pages en moins par an, soit 3 pages par jour. La grève immédiate est votée, une grève « historique ». Une décision difficile pour beaucoup de rédacteurs. Notre métier est d’informer et ne pas pouvoir le faire nous pèse. Le vote se fait à mains levées, ce qui nous sera reproché par la direction, mais tout bêtement, on n’a pas l’habitude. Il n’y a jamais eu de grève au journal pour des motifs internes. La grève est décidée pour le 14 avril, à la veille du CE extraordinaire. http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/320998.FR.php

Manifestation des employés du Monde devant le journal (17/04/08)Le vote sur la suivante, le 17 avril, se fera à bulletins secrets. On a l’habitude de voter pour les élections à la Société des Rédacteurs, la Société des Cadres et la Société des Employés ou pour les élections syndicales, donc on s’organise très vite, on a les listings, les urnes. Ceux qui sont en reportage, en vacances, les pigistes, les correspondants en province ou à l’étranger peuvent voter par mail (on refuse les sms). Dans chaque service, on leur téléphone et on leur explique la procédure à suivre. C’est l’effervescence. Les « bureaux » restent ouverts de 12 h à 14 h 30. La grève sera votée à 83%. L’après midi, les salariés se retrouvent devant le journal (heureusement, il fait beau), et 129 d’entre eux, portant des tee-shirts blancs numérotés de 1 à 129 et des masques blancs s’allongent devant le journal. On est nous-mêmes surpris du nombre que cela fait quand on le voit ainsi, physiquement !

http://latelelibre.fr/index.php/2008/04/le-monde-en-greve/

Malheureusement, on est face à un mur, ce qui est aussi une nouveauté et contraire à la culture de la maison. On propose un « accord de méthode » préparé par nos experts pour essayer de gagner du temps afin de rechercher d’autres solutions, que les experts puissent s’informer, examiner les comptes, etc. Le texte sera refait sept fois, pour aboutir au bout de dix jours de va-et-vient à un « non » pur et dur du directeur des ressources humaines et du secrétaire général du journal. Ni Eric Fottorino, le président du directoire qui vient pourtant de notre rédaction, ni le directeur général, ni Denis Guiraud, n’ont reçu les délégations. On a l’impression de s’être fait balader. D’autant que pendant ce temps là les délais courent et que les négociations ne peuvent pas commencer.

Le jardin d'hiver au 8e étage est devenu au fil du temps le lieu de rassemblementLes AG continuent, certains ont recommencé à fumer, d’autres comparent leurs antidépresseurs, il y a aussi les veinard(e)s qui ont perdu du poids. Un « débrayage » est décidé pour le vendredi 25 avril entre 9 heures et 11 heures, ce qui retarde la sortie du journal et pénalise la sortie du Monde 2, du supplément télé et des produits plus. Beaucoup à la rédaction vont contester ce moyen d’action, le trouvant trop tiède, préférant soit la grève, soit rien. Le journal sort en retard.

Premier jour de grève voté à l'unanimité à main levée (14/04/08)

Le mouvement ne faiblit pas mais avec les vacances de Pâques, les AG font moins le plein. Il est décidé de ne rien faire en attendant les retours car on ne peut décider sans que tout le monde puisse participer. En revanche, on profite du 1er mai pour aller défiler. Le mardi 29 avril, il faut faire fabriquer en catastrophe une banderole et surtout écrire et faire imprimer un petit 4 pages que nous distribuerons pendant la manifestation. Deux commissions s’y collent, maquette, textes, illustrations sont préparés et la manifestation, lieu de rendez-vous, mots d’ordre, transport du matos, etc. sont décidés. Miracle, cela fonctionne. Le mardi soir, notre petit journal est envoyé à une imprimerie. Heureusement, qu’on sait faire vite !

Des employés du groupe manifestent devant Le Monde boulevard Blanqui (14/04/08)Le jeudi, on défile, on distribue. Nos tracts de quatre pages partent comme des petits pains, on n’a pas besoin de les distribuer, on nous les demande. (Tract de 4 pages "Le Monde en lutte"). Au retour, il n’y en a pas un seul par terre et on voit les gens les lire dans le métro. Ce n’est pas grand chose, mais cela nous fait plaisir. Autant que les gestes de soutien que l’on a eus, « bon courage », « ne vous laissez pas faire », « on a besoin de vous » nous ont mis aussi un peu de baume au cœur.

La grève est décidée de nouveau au retour des vacanciers, le 6 mai, à bulletins secrets et à 63%.

Martine Silber (rédactrice au service culture)