Presse en colère

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jeudi 5 juin 2008

Alors voilà. On y est presque.

C'est demain que vont être annoncées les modalités de départ dans le cadre du volontariat (ou peut-être devrait-on dire de la résignation). Le journal, ce journal qu'on a tant aimé, en se vidant à nouveau et cette fois de presque un quart de ses effectifs, va à nouveau tourner une page. Peut-être la plus dure à tourner après ces presque 4 années de crises à répétition, de convulsions, de drames et de psychodrames.

La presse écrite, on le sait, va mal. Internet, les gratuits, la baisse de la publicité, le prix du papier, une litanie que l'on connaît. Cela, ce n'est la faute de personne, c'est peut-être juste un peu dommage que les décideurs n'aient pas su le prévoir, l'anticiper, bref, faire leur boulot en amont.

Mais si la presse écrite va mal, le Monde, lui, va encore plus mal. Des années de gestion hasardeuses, de dépenses inconsidérées, de stratégies suicidaires, disent les uns... qui néanmoins étaient déjà là au moment où tout cela se jouait et n'ont jamais tiré la sonnette d'alarme. Des crises de "gouvernance" ensuite, pour reprendre un mot devenu à la mode mais qui ne cache parfois rien d'autre que le choc des ambitions individuelles, des coups de poignards dans le dos, des trahisons d'opérette et le fracas dérisoire des égos. Bref, des mois de schizophrénie, d'espoirs, de rechutes, et peut-être au final, aux yeux de certains parmi les plus Cassandre d'entre nous et du dehors, de lente agonie.

Toujours est-il que ceux qui vont en faire les frais, ce sont les salariés: journalistes surtout, mais aussi correcteurs, informaticiens, infographes, assistantes, standardistes, garçons de bureaux, et j'en oublie forcément...

Aucun de tous ceux-là n'a démérité. Chacun, à la place qu'il occupait, a donné le meilleur de lui-même à ce journal auquel il se sentait appartenir. Chacun a tenu son rôle du mieux qu'il pouvait. Et ce sont eux, tous ces "chacun", qui vont faire les frais de ce gâchis sans nom, de cet amateurisme coupable et triomphant, mais aussi... de cette injustice sans précédent.

Il y a ceux qui vont partir avec, certes, grâce à l'acharnement de nos représentants syndicaux, un peu plus de dédommagement en poche que lors des départs précédents, mais néanmoins pour la plupart cassés, porteurs de plus ou moins d'amertume, de déception voire de rancoeur, certains pour enchaîner sur une retraite bien méritée, d'autres pour mettre fin au supplice ou simplement juste résignés à ne plus continuer d'espérer des lendemains qui chantent.

Il y a ceux qui vont rester, sans savoir a priori ni où ils seront affectés ni comment ils vont réussir à travailler comme quatre, ni même au fond pour quel journal ils vont travailler. Le Monde de demain ? Le papier est-il voué à disparaître comme nous prédisent certains ? Va-t-on aller vers plus d'actu ? Moins d'actu ? Plus de pages ? Moins de pages ? Plus cher ? Moins cher ? Une nouvelle formule ? Le retour à une ancienne formule mais relookée ? Va-t-on rester Boulevard Blanqui ? Déménager ?

Tous les buits courent et leurs contraires le long des couloirs, au gré des rencontres de cafétéria ou de fumoirs et le lendemain c'est le contraire qui est prédit. Car j'imagine qu'à l'extérieur, c'est difficile à croire, mais dans ce grand journal du soir qui il n'y a pas si longtemps était même dit "de référence", hormis quelques "happy few" passés au travers de toutes les gouttes, aucune info véritable ne filtre, seulement des rumeurs... Trois ans à traquer des nouvelles de l'entreprise dans laquelle on travaille dans les pages des concurrents. Radio moquette. Du venin.

Alors voilà, on y est presque. Le silence assourdissant des autres médias devant la "crise" du Monde va pouvoir reprendre. Les lecteurs perdus ou désabonnés vont pouvoir dire "ils l'ont bien cherché". Les aigris et autres allergiques aux médias vont peut-être même pouvoir se fendre d'un "bien fait pour leurs gueules !" Les plus chanceux vont, on le souhaite, pouvoir retomber sur leurs pieds. Les autres tenter de tourner la page et d'oublier. A tous il faut souhaiter bonne chance.

Bref, le Monde va pouvoir se remettre à tourner...

Hélène Viala (journaliste au Monde)

mardi 27 mai 2008

Contribuer?

Ce blog est né le 15 mai....il a été lu par 352 personnes le premier jour, puis par 318 le deuxième, depuis, il tourne entre 100 et 200 visiteurs en moyenne par jour, ce qui n'est pas si mal pour un bébé.

Mais pour grandir, il a besoin d'être nourri et abreuvé. Or, quand on demande à nos collègues, ils répondent "pas le temps", "je ne sais pas comment faire" ou "avec ce qui se prépare, cela me semble dangereux."

On ne peut rien faire contre le manque de temps. Quant à comment faire, c'est tout simple: on clique sur commentaire ou on envoie un billet par mail à presseencolere@gmail.com. Nous relisons et validons. Ce n'est pas plus compliqué que cela.

L'inquiétude, c'est plus grave. On ne va pas se lancer dans des considérations philosophicosociologiques sur ce que cela signifie, mais c'est une donnée à prendre en compte.

Or, il est très simple de participer sans se faire repérer. Ce blog n'est pas sur lemonde.fr, l'adresse gmail, n'est pas comme son nom l'indique, sur l'intranet.

Bien sûr, nous, nous avons accès aux adresses emails des participants. Mais rien ne les empêche de se créer un compte sur gmail, sur yahoo, ou ailleurs, avec un pseudo. Cela prend une ou deux minutes....

Bon courage à toutes et tous

mercredi 21 mai 2008

Presse et précarité

Bonjour,

En tant que rédacteur d'un quotidien régional, je ne peux que soutenir "Le Monde", qui est un symbole pour tous les journalistes. Et j'aimerais apporter une contribution sur le thème de la précarité de la presse, qui est largement lié à celui de l'indépendance. OU en tout cas à celui de la qualité et de la fierté de ce métier.

L'indépendance de la presse semble être en effet d'avantage menacée de l'intérieur (plan sociaux, actionnaires proches du pouvoir) que de l'extérieur. La situation de l'AFP, qui est problématique, semble donc moins ennuyeuse que celle du Monde qui privé de nombre de ses collaborateurs, gagnera peut-être autant d'argent mais en faisant du travail de moindre qualité. Ce qui est un comble!

Il est bien là, le drame de la presse quotidienne. Chez nous, la précarité devient de plus en plus la règle. Les CDD s'enchaînent parfois au mépris du droit du travail. Il est comique que certains de nos collègues, qui en sont parfois à leur cinquième ou sixième contrat à durée déterminée d'affilée, aillent couvrir des conflits sociaux sans que cela pose de problème à nos dirigeants qui clament pourtant de grands principes dans leurs éditoriaux. Belle schizophrénie!

Sans compter le problème des stagiaires, ces beaux petits soldats tout droit sortis d'écoles de journalisme, et qui se retrouvent à faire le même travail que les titulaires, pour des indemnités de misère. En réalité, bon nombre de titres de la presse régionale ne s'en sortiraient plus sans ces stagiaires, qui occupent à tour de rôle de postes permanents...

Et puis il y a les diversifications du métier de journaliste, qui font que celui-ci ne peut bien souvent plus prendre le temps d'enquêter sérieusement, voire parfois de recouper. Nous, les rédacteurs, devons maintenant prendre nous-mêmes nos photos, faute de photographes suffisamment nombreux. Nous devons également être secrétaires de rédaction, et "maquetter" nos pages, et corriger les articles de nos collègues. Il nous faut parfois écrire en temps réel des articles pour le site web. Dernière nouveauté : on nous a gentiment doté d'appareils photos numériques dernier cri permettant de réaliser des vidéos sur nos reportages, qu'on pourra ensuite diffuser sur internet pour assurer la course au "buzz"...

Tout cela parce que l'actionnaire du journal, qui pourtant est un groupe de presse et non pas un vendeur d'avions, veut naturellement disposer de marges importantes pour rentabiliser son investissement.

Quand un journal devient un produit comme un autre, il y a un problème. A quand des mécènes à la Robert-Louis Dreyfus, qui financeraient la presse par idéal et altruisme?

le chafouin

Site Web : http://penseespolitiques.over-blog.com

Pas clair

mardi 20 mai 2008

Alarme sur le Monde des Livres

Les prévisions de suppression de postes au journal Le Monde (129, dont deux tiers pour la rédaction) semblent devoir affecter lourdement le secteur de la culture, et surtout le supplément du Monde des livres, qui est menacé de restriction drastique quant à ses rédacteurs et au nombre de ses pages.

La Maison des écrivains et de la littérature s’alarme de l’érosion dramatique de l’espace consacré au livre et à la littérature. C’est déjà le cas dans les médias audiovisuels, où les critères de marché balaient tout espace critique d’exigence pour la création littéraire : en sera-t-il de même pour la presse écrite; particulièrement pour ce Supplément de portée nationale et internationale ?

Les écrivains, avec eux toute la communauté des professionnels du Livre, ne peuvent que dénoncer la gravité de ce choix, qui s’inscrit dans un contexte d’atteintes sous toutes formes à la littérature et à sa transmission, plus largement à celle de la production intellectuelle et artistique.

Maison des écrivains et de la littérature

Contacts :

Directrice de la Mel : Sylvie Gouttebaron

s.gouttebaron@maison-des-ecrivains.asso.fr

Communication : Lisette Bouvier 01 55 74 01 52

l.bouvier@maison-des-ecrivains.asso.fr